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Samedi 13 octobre
Gordes – Saintes-Croix-de-Verdon
Le début de la matinée est consacré à la découverte de ce merveilleux village ; des maisons qu’on dirait droit sorties d’une crèche provençale, aux façades de pierre émaillées de
fenestrons, aux portes basses, agrémentées d’étroits escaliers aux rampes de fer ; des ruelles pentues et pavées, couvertes parfois d’une voussure calée entre deux maisons, qui finissent souvent dans une courette insoupçonnée ; une placette, avec sa fontaine au milieu, où s’étalent les tables du café du coin, à l’ombre d’un grand platane ; c’est toute une ambiance, exclusive, qui dévoile son identité à qui sait regarder ; ça respire l’art de vivre, la tranquillité, la vie qui doit sûrement s’y écouler lentement…
Vu d’un peu plus loin, en musardant sur ces chemins bordés de murets à l’éblouissante blondeur et surmontés d’une rangée de pierres verticales, « on se régale les yeux », comme on dit ici, le regard est flatté par le paysage de ces maisons agrippées au roc à la pente abrupte, de ce château qui chapeaute le tout tel un accent circonflexe...
Et ce n’est pas un rêve ! Rien d’étonnant à ce que Gordes soit inscrite à l’inventaire du
patrimoine mondial. Je connais un célèbre présentateur de télévision qui ne s’y est pas trompé en venant s’installer par là. Bonjour, Monsieur Drucker !
C’est avec quelques regrets que nous quittons ces lieux idylliques. Mais comme on s’est laissé porter par le charme, l’heure a tourné et il est décidé de faire l’impasse sur une autre merveille pourtant toute proche : Roussillon. C’est un village blotti entre Luberon et monts de Vaucluse, et la merveille est tout simplement sa terre, une terre très particulière, très prisée, offrant toute une palette de teintes saturées déclinées du jaune, en passant par l’orange, le rouge, l’ocre et jusqu’au brun profond, avec même parfois des reflets violacés ! Dommage ; mais comme nous connaissons déjà – et nos amis aussi –, nous ne sommes pas trop chagrinés de ce faux bond.
Traversée de la ville d’Apt, puis de Céreste ; enfin arrivée à Manosque, la patrie de Giono, riche de son passé millénaire. (Ici il faudrait si possible développer le passé millénaire en trois lignes).
Les places de stationnement sont faciles à trouver, tout près de la gare routière.
Tant il est réputé, rien ne pourrait nous distraire d’aller flâner dans le dédale du marché du
samedi. Il occupe presque toutes les rues de la vieille ville et se répand sur trois places. On y trouve naturellement nombre de produits du terroir mais aussi tout ce qu’offrent généralement les marchés traditionnels, avec toutefois, en prime, un accent bien marqué et des senteurs provençales qui flottent dans l’air ambiant.
Après cette halte fort sympathique et quelques achats de produits régionaux, la balade se poursuit vers Gréoux-les-Bains. En cours de route, les estomacs, sans doute émoustillés par les effluves de tous les bons produits du marché, nous obligent à une pause casse-croûte.
Gréoux-les-Bains est une ville thermale déjà connue des romains ; aujourd’hui les curieux thermes troglodytiques jouxtent un immense parking. Dominant la ville, le château, constitué de quatre ailes entourant une cour intérieure, en impose par sa masse.
Une aire pour camping-cars existe dans cette commune, près de la station d’épuration ; les services y sont gratuits ; elle est ouverte aux heures de bureaux mais curieusement fermée pendant le week-end.
Une route sinueuse et pittoresque, qui surplombe le barrage de Gréoux en longeant le lac, nous conduit ensuite à Esparron.
Un peu plus loin le paysage devient apocalyptique, ravagé, défiguré par de récents incendies ; tous les arbres, toute
la nature à perte de vue sont calcinés, en cendres ; de rares maisons isolées ont, semble-t-il, été miraculeusement sauvées des flammes. C’est sinistre et consternant !
Une petite touche d’espoir, cependant, en constatant que dans cet enfer désolé, une encore bien chétive végétation tente de reprendre ses droits et renaît de-ci de-là. Le triomphe de la vie sur la mort ?
Nous approchons maintenant de Sainte-Croix-de-Verdon, qui sera notre étape du soir.
Provençal à souhait, situé à la sortie des gorges du Verdon, le patelin domine depuis son éperon rocheux le superbe lac du même nom.
L’aire de service est sur la route du camping municipal, donc facile à trouver. Cette journée de promenade bien remplie se termine confortablement installés au calme sous de grands arbres. A la nuit tombée, (en cette saison elle tombe tôt), la température accuse un tel rafraîchissement, sans doute à cause de l’humidité qui monte du lac, que nous devons prendre le repas de soir dans les véhicules.
Dimanche 14 octobre
Saintes-Croix-de-Verdon – Montpellier
Au réveil, il ne fait vraiment pas chaud : le thermomètre affiche 12 °C à l’intérieur ! La chienne est encore blottie sous la table, couchée sur son tapis. Je mets le chauffage en marche afin de pouvoir faire la toilette et prendre le petit déjeuner dans des conditions acceptables.
Au moment du départ Bernard m’annonce à la CB que son camping-car à un besoin urgent de carburant. Comme c’est dimanche, on recherche sur la carte une hypothétique agglomération suffisamment importante pour être équipée d’une station. Nous optons pour Moustiers-Sainte-Marie.
La route qui s’étire sur le plateau est en bien mauvais état et étroite. On roule prudemment, à allure modérée. Dans la fraîcheur et la brume du matin nous dépassons un groupe de chasseurs qui tuent le temps à défaut du gibier.
La descente dans la vallée, à 16 % de dénivelé, oblige à faire « gueuler » le frein-moteur dans une succession de virages en épingle à cheveux.
Fort heureusement à l’entrée de Moustiers-Sainte-Marie, une station est ouverte. Il s’en fallait de peu pour que, par imprévoyance, nous dussions affronter la plus bête des pannes qui soit !
Nous sommes à présent, hélas ! lentement mais sûrement, sur la route du retour. Reiz, à quelques kilomètres, organise aujourd’hui des puces réservées aux enfants ; on n’y trouve que jouets, livres, poupées, jeux, consoles...
Tout près, le vaste parking en plein centre est bien pratique, d’autant qu’il est équipé d’une aire de vidange et d’un robinet.
Reiz est une très ancienne cité des Alpes-de-Haute-Provence, Son nom complet est Riez-la-Romaine car cette jolie petite ville de 1 700 habitants possède des vestiges gallo-romains, mais aussi médiévaux et Renaissance. Elle mérite le détour.
A la sortie du parking, je remarque, sur l’avenue Fréderic-Mistral, une aire naturelle où sont stationnés plusieurs camping-cars.
Vingt kilomètres plus loin, nous voilà de nouveau à Gréoux-les-Bains, que nous ne faisons que
traverser, puis Vinon-sur-Verdon et enfin Rians.
Cette route nous entraîne sur le versant nord du massif de la Sainte-Victoire, en passant par le col des Portes ; elle est limitée à 9 tonnes, sans doute parce qu’elle n’est vraiment pas large, pas plus que nos véhicules ; les croisements y sont très délicats.
Un troupeau de moutons déambule nonchalamment sur la voie, Bernard m’annonce à la CB qu’il a failli écraser le chien du berger qui venait de se jeter sous ses roues… Pauvre chien, confondre le Dinky Toy avec une brebis égarée, quand même !
Le paysage est splendide, la forêt méditerranéenne omniprésente, le relief accidenté, multipliant gorges, vallons, crêtes et promontoires.
A Vauvenargues, la route redevient « civilisée », s’élargit enfin, retrouve un bitume digne de ce nom. Nous faisons une halte pour observer de loin le château de Pablo Picasso, qui en a fait sa demeure éternelle. Aucune visite n’est possible. Si vous devez vous rendre à Vauvenargues, suivez ce bon conseil : laissez votre véhicule sur le parking à l’entrée du village car la rue qui le traverse est vraiment très étroite.
Un peu plus loin, en descendant sur Aix-en-Provence, un vaste parking en pleine nature nous accueille pour le repas de midi. Le temps étant particulièrement clément, plusieurs groupes ou familles de promeneurs viennent s’y garer avant de disparaître dans les taillis.
Notre chienne, Viky, en profite pour gambader et jouer avec Danielle, l’épouse de Bernard ; aujourd’hui c’est la fête !
La balade touche à sa fin, il faut rentrer, Danielle, reprend le travail demain.
Aix-en-Provence, Salon, Arles, Aigues-Mortes, c’est vraiment le retour avec, comme pour tous les retours, un peu de vague à l’âme. Vers le milieu de l’après-midi nous touchons notre port d’attache, Juvignac. La boucle est bouclée.
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