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L'aménagement
Au fil de la Loire (Récit 2)





 

 

 

 



 

 

 

 

 

 

 

 








 



Confluent de la Loire
et de la Vienne


Confluent de la Loire
et de la Vienne

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 






 

 

 

 

 

 

 
 

 

 






 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

                                    

 

 

Lundi 25 avril 2005

Amboise – Azay-le-Rideau 216 km     
                                                          

Comme on a notre dose de châteaux et qu’on tient à voir encore Chenonceau, aujourd’hui on va faire un break, autre chose, et surtout de la route. Ce sont les châteaux d’Azay-le-Rideau et de Langeais qui vont en faire les frais. Tant pis, on les verra une autre fois.

            Il est décidé de suivre tranquillement le fil du fleuve et de pousser jusqu’à Angers si le temps nous l’autorise. Une première escale a lieu à Tours, que nous connaissons déjà mais c’est une occasion de faire quelques emplettes de bouche et pour Danielle, de trouver une ou deux bricoles vestimentaires qui lui trottent dans la tête.

            Peu après Saumur nous accueille, ville à nous inconnue mais qui ne nous ravit pas plus que ça ; l’architecture militaire et des cités qui en sont inspirées ne sont pas notre fort. Toutefois nous n’ignorons pas que la ville est célèbre pour son vin et pour son école d’équitation, le « Cadre Noir ». On se met en quête de cette fameuse école ; ici, tout tourne autour des chevaux mais nous, nous tournons en bourrique car nous ne trouvons pas notre bonheur. Je m’arrête à une caserne et demande au planton l’adresse convoitée ; un gradé se radine et m’explique mais alors d’une façon lapidaire au possible ; il faut y mettre du sien pour se retrouver parmi de complexes carrefours et giratoires mal commodes, mais on y arrive.

            L’école est  à plusieurs kilomètres, à Saint-Hilaire-Saint-Florent, un site champêtre paisible et agréable. Des écoles d’équitation, de jumping, pour les enfants, s’égrènent  au bord de la route, puis on est arrêté par une barrière. C’est ici, le « Cadre Noir ». Je vais aux renseignement au poste de garde où je m’attends à discuter avec quelque vieux militaire bougon et suis surpris d’avoir affaire à deux jolies demoiselles en civil fort aimables qui m’annoncent que le manège ne peut pas être visité aujourd’hui, jour de fermeture au public,
et qu’il conviendra de revenir demain. Oui mais demain nous serons ailleurs ; tant pis.

            L’heure a tourné et il ne serait pas intéressant de pousser jusqu’à Angers, alors nous reprenons la route de l’est en virant à 180 degrés mais, pour changer un peu de paysage, par la rive sud de la Loire. Dans la traversée de Traquant, un panneau indique une aire pour camping-car non répertoriée ; amis camping-caristes, à vos calepins pour en prendre note !

            Arrêt à Candes-Saint-Martin ; on suit des panneaux qui suggèrent de gravir la colline par un sentier très escarpé pour profiter d’un panorama sur le confluent de la Loire et de la Vienne. Ce que la publicité ne dit pas c’est qu’une fois en haut on peut aussi y admirer les hautes tours fumantes d’une centrale nucléaire qui se profilent à l’horizon, sans doute celles de Chinon, la cinquième de notre périple, toutes polluant les eaux du même cours d’eau ou de ses affluents.

            Encore quelques kilomètres et un tout petit panneau que Danielle voit juste en passant indique une fabrique de jouets en bois. Demi-tour un peu plus loin et recherche du tout petit chemin. Et là, au milieu de rien, dans une boutique improvisée, sont exposés des chevaux de bois à roulettes ou à bascule, des marionnettes et des théâtres de Guignol à l’échelle des enfants, des canards, des assiettes, des mortiers, etc. Amusant.

            Contournement de Chinon pour aller à Azay-le-Rideau par Villaines-les-Rochers où le guide signale une aire de service avec parking pour camping-cars sur la place de la Mairie. 
A notre arrivée, six sont déjà installés et une bonne quinzaine devraient pouvoir y trouver place ; le sol n’est pas tout à fait horizontal mais peu s’en faut, les cales suffiront pour rectifier ; le coin est calme. A proximité une plateforme de vidange et un robinet, on les utilisera demain avant le départ.

Je fais un petit tour et salue mon voisin de parking, qui ne me répond pas. Bon, rien de grave. Plus tard dans la soirée, alors que je suis hors du véhicule, un nouvel arrivant fait son apparition ; naturellement je le salue aimablement, mais derechef on ne me répond pas.
Et bien mes amis, je me demande ce que va devenir le camping-carisme si les mentalités évoluent de la sorte !  Ne croyez pas que je sois du genre à épier les faits et gestes des uns et des autres, ou à me coller sur autrui dès qu’il apparaît, pas du tout, mais alors pas du tout ; simplement il y a des comportements qui relèvent de la simple politesse et de la courtoisie que certains « sauvages » arrogants ignorent. Dans les premiers temps de mes 21 ans de pratique, une rencontre avec un confrère était une joie, une fête. Sans doute une question d’éducation.

 Mardi 26 avril
Azay-le-Rideau – Chenonceau 152 km  

Les préparatifs habituels de départ effectués, nous repartons vers de nouvelles aventures.
En traversant le village, tout en longueur, apparaissent quantité d’enseignes d’ateliers et de commerces de vannerie. Ce doit être la spécialité du pays. Une halte à la coopérative nous permet d’étoffer nos connaissances dans ce domaine qui, il faut bien l’avouer, nous est totalement étranger.

            Le personnel des ateliers explique parfaitement de A à Z la façon dont naît un panier, une corbeille de boulanger et une foule incroyable d’autres objets dont du mobilier de très belle facture. Grande qualité, sans aucun doute,  mais tarifs également à la hauteur.

            Route vers la vallée troglodytique des Goupillières, à quelques encablures
d’Azay-le-Rideau, sur la route d’Artanes. Il s’agit d’une propriété privée ; accueil par une jeune femme qui développe tout le passé du site à travers l’histoire. On voit donc l’habitat du Moyen Age jusqu’à nos jours dans des galeries creusées dans le tuffeau tendre. Habitat mais aussi cachettes profondes qui furent bien utiles à l’époque des grandes invasions et plus tard des guerres de religion. Objets usuels hors d’âge, fours à pain, cheminées, puits d’aération, greniers enfouis. Sensations étranges garanties. Cette fois le GDR ne s’est pas trompé, qui a couronné l’endroit de trois « Routards ».

            Dans la traversée de Montbazon, en direction de Veigne, un panneau informe de l’existence d’une aire de service pour camping-cars. On ne s’arrête pas mais voilà une info qui pourra sans doute être utile à des confrères qui auraient un peu trop tendance, à tort, de se fier uniquement à la brochure dite officielle du Monde du Camping-Car qui, une fois encore, est prise en défaut.

            Nos roues roulent vers Loches. Parking très pratique et gratuit près de la gare, presque au centre-ville. Loches est surplombée d’un château féodal construit lui aussi à des époques différentes. La visite est très intéressante et riche d’histoire, naturellement.
La partie la plus ancienne est constituée de la ruine du premier donjon, édifice impressionnant, carré, angoissant même, tant ses interminables murailles presque aveugles d’une hauteur de 36 mètres, écrasent tout ce qui l’entoure ; oui, angoissant, et sombre…, moyenâgeux, quoi !

            C’est dans le logis royal et plus précisément dans la grand salle du XVe siècle, que Jeanne d’Arc vînt convaincre le Dauphin d’aller se faire sacrer à Reims sous le nom de Charles VII. C’est ici également que repose la belle Agnès Sorel, la maîtresse de ce  roi à la légendaire laideur.

 Et maintenant il faut sortir de la ville ; quelle galère, mes amis ! Tenez-vous bien : en suivant scrupuleusement les panneaux directionnels, nous nous retrouvons par trois fois au même endroit après avoir parcouru plus de vingt kilomètres ! On se croirait dans un célèbre sketch de Raymond Devos ! Je conseille aux édiles responsables de la circulation qui pourraient lire ces lignes de jouer le jeu comme quelqu’un qui ne connaît pas le coin, ils seront édifiés ! Enfin on est bien sur la route que nous cherchons, celle de Montrésor.

Il pleut averse. En arrivant le château du même nom se voit mal, blotti dans la cité, il se fait tard, bref, on passe. Par contre, un peu plus loin, seul en rase campagne et tout au bord de la route, le château de Montpoupon dresse fièrement ses tours pointues recouvertes d’ardoise, ainsi que son donjon. Le ciel s’est dégagé et ça change tout pour la lumière, qui devient magnifique. Un arrêt photo s’impose, quant à la visite, malgré les grilles encore ouvertes, nous l’estimons inutile, d’abord parce que commençons à souffrir sérieusement de surconsommation de châteaux, et ensuite parce qu’il est presque 19 h et qu’il nous faut encore trouver un coin pour passer la nuit avant que celle-ci ne nous tombe sur la tête.

A Chusseau un camping est indiqué sur la commune de Francueil, juste sur l’autre rive du Cher. Contrairement aux propos du GDR nous trouvons le propriétaire bien peu accueillant ; le prix et de 12 € sans électricité ; comme nous n’avons besoin que du minimum ce soir, on l’estime trop cher et pas assez sympa, alors on repart. On va incessamment arriver à Chenonceau ; on se dit que le bon coin pour la nuit est encore loin d’être trouvé, que les chances diminuent au fur et à mesure qu’on s’approche et que, de toutes façons, ce n’est pas ici que les prix seront en baisse. L’inquiétude nous gagne un peu.

Mais voilà qu’est annoncé le camping de Chenonceau sur notre gauche.
Curieusement le GDR n’en parle pas. On ignorait donc qu’il pût y en avoir un. En  suivant les indications nous nous enfilons dans une large allée ombragée ; quelques dizaines de mètres plus loin, encore sur la gauche, apparaissent des dizaines de camping-cars en stationnement. C’est un emplacement spécialement réservé à nos véhicules, gratuit, à moins de 100 m de l’entrée du domaine. Quant au camping, il est un peu plus loin mais on n’en a plus besoin.
Un très grand merci aux responsables locaux.

Toute la soirée arrivent de nouveaux nomades et à la nuit tombée plusieurs dizaines sont sagement alignés en ringuette jusqu’à demain.

            Les esprits chagrins vous diront que la voie ferrée toute proche perturbe la sérénité du lieu avec ses nombreux passages de trains, c’est vrai, mais on ne peut pas tout avoir.

 Mercredi 27 avril
Chenonceau
Neung-sur-Beuvron  137 km     

La première réjouissance du jour sera une promenade fluviale sur le Cher. Pour cela il faut retourner à Chisseaux, à cinq minutes de route. Là, une petite entreprise familiale organise des balades avec ses deux bateaux, un gros, le Bélandre, et une gabare, beaucoup plus petite, la Carpe Diem. A notre arrivée nous sommes seuls et le patron explique qu’il ne pourra pas sortir le Bélandre à cause du niveau de l’eau, incorrect, car les autorités refusent d’ouvrir les vannes du barrage voisin, etc. etc. Bon, alors en définitive, que fait-on ? Le petit voyage se fera à bord de Carpe Diem mais il faut patienter, des passagers qui ont réservé ne sont pas encore arrivés.

            Après une heure d’attente, déboule un autocar de tourisme bondé de personnes du troisième âge. Évidemment tout se passe au ralenti, on tourne beaucoup en rond, finalement tout ce petit monde embarque dans la bonne humeur. Danielle et moi sommes les seuls passagers indépendants.

            La gabare glisse lentement sur l’eau, les berges se profilent lentement, déjà bien verdoyantes en cette fin avril ; nous dépassons un îlot planté de grands arbres et bientôt la superbe construction royale du château apparaît au loin. Un travelling avant du plus bel effet nous rapproche insensiblement, on aperçoit maintenant la magnificence des sculptures, des chapiteaux, les terrasses… On disparaît un instant en silence sous l’une des arcades qui supporte la construction et à la sortie découvrons l’autre façade, avec une lumière différente. Quel charme !

            Le bateau poursuit à travers les frondaisons verdoyantes des berges ; des oiseaux sauvages s’en donnent à cœur joie ; du rêve, rien que du rêve… Nous voguons ainsi depuis un peu plus d'une demi-heure et je me rends compte que les « anciens », dans leur grande majorité, ne s’intéressent plus à tout cela, ils discutent entre eux, par petits groupes de voisinage, ils ne regardent même plus le paysage. Eux qui s’inquiétaient avant le départ de savoir si la promenade durerait aussi longtemps que ce qui leur avait été promis, les voilà déjà lassés ; je crois que ce qui compte le plus pour eux n’est pas ce qu’ils voient ni ce qu’ils en retiendront, mais simplement d’y être allés, de pouvoir dire : « je l’ai fait, j’y étais ». Je me garderai bien de porter le moindre jugement sur nos aînés, qui peut dire ce que nous ferons à leur âge ?

            N’empêche que pour Danielle et moi, la croisière a une saveur un peu spéciale, inattendue, avec le sentiment d’avoir passé un moment dans un monde douloureux composé uniquement de personnes seules, veuves pour la plupart, qui retrouvent un peu de joie de vivre grâce aux activités proposées par leur club ; ce n’est pas triste, mais c’est triste quand même.

            Retour au château, achat des tickets à la billetterie. Nous parcourons les quelque trois ou quatre cents mètres de l’allée, nous présentons au contrôle et, voyant que des visiteurs s’équipent d’un audiophone, j’en demande aussi pour nous. On vérifie nos billets et on nous dit que nous n’avons pas acheté cette prestation. Je propose de régler un supplément si nécessaire mais cela est impossible, il faut retourner au guichet et refaire la queue ! Un peu remonté je remonte en sens inverse l’allée pour faire le nécessaire. Petite discussion avec la dame dont j’estime qu’elle aurait pu me proposer ce service, ce qui n’est pas son avis.

            Donc, avis aux amateurs de visite de Chenonceau avec un audiophone, car l’allée du parc dans les deux sens représente un bon moment de marche à pied.

            Cette parenthèse refermée, commence la visite. Et comme Chenonceau est le dernier château que nous visitons, je peux comparer et affirmer qu’avec celui de Chambord, il est celui que nous trouvons le plus sympathique, le plus agréable, entouré du cadre le plus tendre, l’ensemble architectural le plus féminin, d’ailleurs ne dit-on pas de lui que c’est un château de dames ? Car les dames n’y ont pas manqué, ni moult autres grands personnages d’ailleurs ; c’est d’ici que Catherine de Médicis a dirigé la France, dans son cabinet vert ; c’est dans ce château que son mari, Henri II a fait venir sa favorite, Diane de Poitiers, et le lui a offert, au grand dam de Catherine ; les deux filles de cette dernière, la reine Margot, et sa sœur, Elisabeth de France, avec leurs royaux époux, de même que ses belles-filles, Marie Stuart, Elisabeth d’Autriche et Louise de Lorraine, sont passées par là ; Catherine Briçonnet, épouse  du surintendant des Finances, l’a fait embellir et gérer de façon rationnelle et  moderne ; la favorite d’Henri IV, Gabrielle d’Estrée, l’a également hanté. Louis XIV y a séjourné ; au XVIIIe siècle, Mme Dupin, amie des encyclopédistes et propriétaire des lieux, y reçoit Voltaire, Rousseau, Montesquieu, Diderot, D’Alembert, Fontenelle, Bernardin de Saint-Pierre… Excusez du peu ! Et bien sûr on retrouve trace de tout ce beau monde au cours de la visite.

Naturellement les peintures y sont signées Tintoret, Véronèse, Poussin, Van Dyck, Mignard, Rubens, Murillo, entre autres ; les murs sont agrémentés de tapisseries des Flandres et de Bruxelles ; du mobilier porte la signature de Boulle.

Quant aux jardins, ce sont de pures merveilles ; essences rares disposées dans une savante géométrie, avec bassins et jets d’eau. Un enchantement, vous dis-je. Et ce n’est pas tout, il y a aussi un labyrinthe végétal composé de plusieurs milliers de plants, une ferme, un bois, et aussi un musée de cire très bien réussi.

Bon, je vous ai peut-être saoulé un peu avec cet inventaire à la Prévert mais mes propos sont à la mesure de mon enthousiasme. Déconseillé toutefois à ceux dont la préférence va à la Guerre des Étoiles, aux cybertrucs, aux émissions de TF1 et à l'ambiance des stades de foot et qui y trouvent leur compte pour nourrir leur esprit.

Ouf, la journée en a pris un coup ! Tout le monde à bord du camping-car et direction Romorantin. Romorantin, c’est peut-être bien, mais quand on sort de Chenonceau on ne lui trouve aucun intérêt. On poursuit. Par Mennetou-sur-Cher, où on repère au passage une aire de services Euro Relais, on bifurque vers le nord par Selles-Saint-Denis, Marcilly-en-Gault,
et Saint-Viâtre, le but de la promenade étant de découvrir les paysages de Sologne en musardant sur les petites routes, en roulant lentement dans les sous-bois, d’y dénicher les affûts de chasse, y admirer les pigeonniers, les fermes, les gentilhommières, et, qui sait, voir surgir en trois petits bonds une biche dans toute sa splendeur.

A Saint-Viâtre on aurait bien aimé jeter un petit coup d’œil sur la Maison des Étangs ; malheureusement il est trop tard et comme nous faisons un arrêt brocanteur impromptu, nous ne pourrons la voir que demain. Mais ici aucune possibilité de passer la nuit sauf à prendre le risque de nous retrouver seuls au milieu de la nature, aussi la prudence nous dicte d’aller voir ailleurs. Il y a un camping  à Neung-sur-Beuvron, nous y allons en traversant au passage La Ferté-Beauharnais. Le camping quasiment vide « La Varenne » de Neung  nous ouvre grand ses portes pour la modique somme de 6,30 € ; nous passerons la nuit sur l’herbe tendre à l’abri d’impressionnants arbres sans doute multi-centenaires.

 

 Jeudi 28 avril
Neung-sur-Beuvron
Éguzon  298 km  

            Retour à Saint-Viâtre pour y visiter la Maison des Étangs et admirer le clocher tors de l’église. Maison à colombages qui abrite des collections en tout genre, poteries anciennes, oiseaux empaillés, photos et croquis sur la vue des étangs, engins et outils anciens pour la fabrication des barques, pour confectionner des cordages, etc. C’est bien, sans plus. En sortant, un rapide coup d’œil sur le clocher de l’église vaut la peine car, extrêmement pointu et long,
sa couverture de tuiles est torsadée, on n’avait jamais vu ça.

            La jauge de gasoil arrive près du minimum et il devient urgent de trouver une station de carburant. Mais on a beau écarquiller les yeux dans la traversée des nombreux patelins qui jalonnent notre route, pas la moindre pompe. La situation devient critique. Je décide de demander où en trouver une au premier passant venu, malheureusement tous ces villages ont l’air morts, pas un chat dans les rues, c’est quand même incroyable ! Finalement je fonce en direction d’une silhouette humaine aperçue à quelque distance au coin d’une rue avant qu’elle ne disparaisse. Un brave homme m’apprend que je dois me rendre à La Ferté-Beauharnais pour trouver mon bonheur. Et dire qu’on y est passé il y a peu de temps ! Rien ne sert de râler, il faut y retourner. Ouf, il était temps, moins de trois litres seulement restait au fond du réservoir. Amis promeneurs dans cette région, soyez prévoyants et surveillez votre jauge.

            Naturellement, passant par Lamotte-Beuvron vers les 13 h, nous y déjeunons et y dégustons la spécialité  du pays, la fameuse tarte Tatin, puisque c’est ici que les sœurs du même nom ont inventé, grâce à une erreur commise devant les fourneaux, ce délice gastronomique.

            Maintenant cap au sud, puisque le périple au fil de la Loire touche à sa fin. Dans la traversée de La Chapelle-d’Angillon une brève escale très décevante permet de voir la maison natale d’Henri Alban Alain-Fournier, l’auteur du Grand Meaulnes ; en bordure de la nationale vampirisée par les poinds-lourds, aucune explication ni indication d’un quelconque musée, rien ; seule une petite plaque contre la façade en indique l’existence. On s’engouffre sur l’autoroute ; Vierzon, Châteauroux… Un arrêt pipi à l’aire des Mille Étangs, sur la A20, révèle une aire pour les camping-cars, encore une fois jusqu’ici non identifiée.

Fin d’après-midi, il faut sortir du grand ruban pour trouver un point de chute sympa pour la nuit ; c’est quelques dizaines de kilomètres au sud de Châteauroux que l’on bifurque vers Éguzon, un « Village Étape », comme l’annonce un panneau. Beaucoup d’enseignes d’hôtels, de restaurants, de centres de loisirs, et aussi un camping équipé d’une aire pour camping-cars.

            Difficile à trouver ce camping, au moins à deux kilomètres en dehors du village, par une route si petite et si escarpée qu’on est à deux doigts de se retourner en pensant qu’on s’est trompé.  Et tout à coup, droit devant, LE camping de rêve, spacieux, arboré, fleuri, pelousé, étagé en jolies terrasses successives, et surtout surplombant un grand lac équipé d’une base nautique encore fermée en cette période de l’année. Majestueux paysage noyé dans la douce lumière dorée du jour finissant. Et avec ça le calme absolu. Trois ou quatre confrères seulement se partagent cet espace idyllique.

Éguzon est membre de la fédération des « villages étape », laquelle édite une petite plaquette indiquant la situation des autres village et les divers services qui y sont proposés. Très bien fait (voir document ci-dessous).

Et voulez-vous connaître le tarif, services camping-car compris ? 5 € ! Quand je vous disais qu’il est souvent inutile de se passer, par principe, d’un camping !  

Vendredi 29 avril
Éguzon - Saint-Georges-d'Orques  496 km  

             Réveil au cri rocailleux d’un paon. Ah ! voilà un de ces matins de printemps qui donnent envie de retenir le temps, de respirer à pleins poumons, de se fondre avec la nature ; l’herbe est encore  tout humide de la rosée de la nuit, le ciel est bleu, l’air est doux, la journée risque d’être carrément chaude.

            L’autoroute n’est qu’à six kilomètres. Quel plaisir de musarder sur cette petite route, on rêvasse en admirant les fermettes isolées, les massifs forestiers, les champs ; tiens, regarde ce vieux lavoir de pierre comme il est mignon, et là ce petit troupeau de chèvres…

            Je rempilerais volontiers, hélas, cette jolie route de campagne nous ramène au bercail. Allez zou, comme on dit chez nous, dans le Midi, quand faut y aller, faut y aller !

Le long ruban s’étire maintenant à perte de vue ; peu de circulation. Tiens, encore une aire pour camping-cars signalée sur l’aire de Boismandé, une de plus non répertoriée.
Brive-la-Gaillarde sortie n° 53, juste avant la portion à péage ; car depuis hier nous roulons sur la portion gratuite de l’A20. Figeac et Rodez sont indiqués sur les panneaux. Arrêt gastro à Figeac, parking à l'ombre des platanes le long du quai ; c’est le coin idéal pour se régaler les papilles gustatives. Sans chercher à faire d’excès, car il va falloir encore conduire jusqu’à ce soir, nous boudons cependant toutes les terrasses de brasseries, de snacks, marchands de frites et autres pizzas ; non, nous aimerions dégoter un petit resto qui ne paie pas de mine et où est proposée de la vraie cuisine du terroir pour un prix qui ne dépasse pas celui des fast-foods, car ça existe, bien sûr, je le sais par expérience. Et en tournant et retournant dans les ruelles nous tombons sur « L’Escargot », blotti entre deux autres maisons, sur l’autre rive du Lot qu’il surplombe. On nous annonce la couleur en arrivant : ici, cuisine familiale concoctée de mère en fille depuis trois générations ! Danielle déguste un steak de foie gras de canard pendant que je me lèche les babines et me brûle les doigts avec une cassolette d’escargots qui sera suivie d’un succulent magret préalablement émincé en fines lamelles, accompagné d’une sauce dont on ne peut oublier la délicatesse.

            Alors, ces agapes sont-elles vraiment raisonnables ? Je crois que non, mais maintenant c’est trop tard, on y est on y est. Pour ne pas avoir l’estomac trop chargé, nous ne prenons pas de dessert ; quant au vin, un tout petit quart en pichet ne sera pas de nature à me tourmenter sur la route sous sa forme insidieuse de célèbre « coup de bambou », d’autant que j’ai alterné sa dégustation avec moult grands verres d’eau.

            Hop, en piste, Decazeville sera le prochain point de passage. A Bouillac, minuscule localité que traverse la route principale, encore une aire pour les camping-cars. Nous concluons de la présence de toutes ces aires que le guide ne guide en fait pas grand-chose tout en reconnaissant la difficulté que peut rencontrer un éditeur pour se tenir constamment à jour des nouveautés ; on peut bien comprendre qu’il y a forcément un décalage, souvent plus d’une année, entre le moment où l’information lui est connue et celui où elle est enfin imprimée et à la disposition du public après avoir été vérifiée.

            Puis c’est la traversée de Rodez avec ses myriades de giratoires qui ne règlent absolument pas les problèmes d’encombrement, on pourrait même penser qu’ils les accentuent ; enfin, c’est la grande mode… Et voilà Millau, heu, pardon, Millau tout en bas car sur l’autoroute nous entrons de façon magistrale comme au premier jour de notre voyage, sur le tablier du nouveau viaduc, à quelque trois cents mètres au-dessus de la ville. C’est vraiment impressionnant ; dire que c’est beau, grand, superbe, magnifique, grandiose, tout cela n’est qu’euphémisme, ça ne se  raconte pas, il faut le vivre. Mais attention, 2,5 km c’est vite parcouru, d’autant qu’on n’a guère le loisir de lever le pied et encore moins celui de s’arrêter.

            Pour bien le contempler je conseille à mes amis camping-caristes de quitter l’autoroute à la sortie Millau et de se rendre à Creissels, village périphérique à la grande ville, où un parking a été spécialement aménagé presque sous le tablier au pied d’une pile, à un endroit d’où l’on jouit d’une très belle vue sur l’ensemble de l’ouvrage. Il suffit de suivre les panneaux indicateurs. Émotion garantie.

            Voilà, plus que cent kilomètres et nous serons à la maison. Demain il faudra faire un peu de ménage dans le camping-car et refaire une petite beauté à sa carrosserie avant de le remiser jusqu’au prochain voyage. Mais ça, c’est une autre histoire…



Total voyage  : 2313 km

 


Date de création du site : février 2001
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