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par Bernard Schandeler, co-auteur du site « Camping-Car Amateur »
réalisée du 4 août au 18 août 2006
Quand on est camping-cariste, tous les prétextes sont bons pour quitter sa tanière et sillonner les routes de France et d’ailleurs… En cette année 2006, l’excellent prétexte pour nous,
Danielle et moi, aura été le deux cent cinquantième anniversaire de la naissance du divin
Mozart.
Et qui dit Mozart dit
Salzbourg,
Vienne
et
Prague.
Ainsi, après la
Toscane,
qui nous a accueillis au printemps, puis l’Auvergne, dont nous avons survolé en juin les volcans en montgolfière (voir récits
sur le même site), c’est vers l’Europe centrale, et plus précisément Prague et Salzbourg , que nous sommes partis en ce mois d’août, pour deux semaines.
Je propose à tous mes confrères camping-caristes un récit de cette odyssée qui permettra sans doute à ceux qui préparent ou ont en projet de réaliser un voyage similaire, de glaner quelques informations utiles.
Devancer les encombrements routiers
Initialement le départ était prévu pour le samedi 5 août ; mais Bison Futé promettant à tous les inconscients qui se trouveraient ce jour-là sur les routes une descente aux enfers, nous décidons de lever l’ancre la veille, en plein milieu d’après-midi. Avec pour but, montant de notre Languedoc,
de dépasser Lyon au plus tôt pour être à l’abri du détestable phénomène de masse que seront demain les encombrements.
Et nous voilà partis, presque précipitamment…
Aujourd’hui le mistral bande ses biscotos, s’exhibe, bombe le torse, fait le fier en une éclatante démonstration de force dont on se serait bien passés ; la progression sur l’autoroute s’en trouve ralentie ; rien de grave, on part en vacances. Le trafic est assez fluide… dans le sens sud-nord ;
par contre dans l’autre sens les ralentissements et les interminables bouchons sont déjà monnaie courante. Curieusement la radio n’en a pas parlé.
A7, A46 puis N83. Aucune aire de service n’ayant été préalablement repérée sur Internet dans notre trajectoire et craignant de nous installer de manière isolée, le choix est fait de s’arrêter dans un camping. Et c’est ainsi que nous atterrissons à
Villars-les-Dombes,
dans l’Ain. Pourquoi ici ? Parce que les « points chauds de
circulation » sont maintenant derrière nous, parce qu’il se fait
tard, parce qu’on en a marre de rouler, enfin parce que nous avons
aperçu un panonceau « camping » au bord de la route.
Pour 9,40 € (sans l’électricité) nous nous installons dans le camping rural « Le Large », en rase campagne, un peu tristounet, loin de tout. Le propriétaire habite d’un côté de l’étroite route apparemment bien peu fréquentée, le camping est juste en face, à trois pas.
Son implantation s’est probablement faite dans ce qui devait être jadis un champ, une prairie ; des Algeco flambant neufs sont aménagés en sanitaires, d’autres comme bungalows pour la location ;
des allées ont été tracées et gravillonnées ; les camping-cars, caravanes et tentes sont installés sur l’herbe tendre ; c’est un peu rustique mais propre, calme, sympa, des vaches paissent même de l’autre côté du grillage de clôture. Et il y a une aire de vidange pour les camping-cars.
Xénophobie ou imbécillité ?
Peu de kilomètres au programme du deuxième jour car, pour raisons personnelles, nous devons passer par Scey-sur-Saône, en Haute-Saône. La distance à parcourir a donc été calculée en tenant compte de cet arrêt.
Cette commune, que nous connaissons depuis des lustres, n’a guère changé au fil du temps, ni physiquement ni mentalement. Une anecdote s’impose : lors d’une emplette chez un commerçant à qui nous révélons le but de ce voyage, celui-ci, étonné et perplexe, répond :
« Comment ? Vous allez à Prague ? En Tchécoslovaquie ? Mais ça fait loin ! Et vous n’avez pas peur ?
– Ben non, peur de quoi ?
– Vous savez, ces gens, là-bas, ils sont pas comme nous, on sait jamais… Moi, en tout cas, j’irai pas. »
On a payé, on est partis, laissant ce brave homme mijoter dans sa mentalité d’un autre âge.
On poursuit. Belfort, Mulhouse puis la frontière allemande. La pluie est tombée une bonne partie de la journée, l’air est même frisquet ; ça nous change beaucoup car dans le Midi on vient de supporter une canicule écrasante pendant plusieurs semaines.
Déjà la fin de l’après-midi. Le scénario se présente de la même manière qu’hier, pas d’aire de service en vue. Par contre je connaissais l’existence d’un camping à Neuenburg, tout près de la frontière, côté allemand, en direction de Fribourg. Le nom de cette ville est indiqué sur les panneaux autoroutiers.
Une fois sorti du
« grand ruban » il y a foisonnement de pubs pour des campings, un
embarras du choix. Au hasard on se pose au « Vogesenblick », à
Steinenstadt, à 5 km environ de Neuenburg. Etablissement familial qui se présente sous la forme d’un grand jardin pelousé, assez coquet.
Equipé pour les vidanges et le ravitaillement en eau, je le trouve bien agréable, pourtant il n’y a pas grand monde ; le lieu est calme, ce sera parfait pour ce soir, au prix de 15,50 € sans électricité.
On profite d’une embellie du ciel pour sortir table et fauteuils et perpétuer la grande tradition d’été de chez nous : la dégustation d’un bon pastis bien frais !
Traversée de l’Allemagne
Pluie battante permanente, tous feux allumés, désembueur en marche. On double
Fribourg
puis
Karlsruhe
par la E35 ; ensuite virage à 90° vers l’est direction
Heilbronn.
Sur ce dernier tronçon on laisse sur la gauche, tout au bord de l’autoroute, l’immense musée de la mécanique et de l’aéronautique de
Sinsheim
dont on peut admirer de loin, perchés chacun sur leur présentoir géant, un Concorde à côté d’un Tupolev 144, son pseudo frère jumeau.
Nous connaissons ce remarquable musée pour l’avoir longuement visité il y a deux ans en compagnie de nos amis Collins, co-auteurs du présent site. Je ne saurais trop le recommander, il vaut vraiment le coup : des milliers de véhicules de toutes les époques, des voitures, bien sûr, déclinées en tout ce qui s’est fait en la matière y compris la compétition, mais aussi des deux-roues en tout genre, d’antiques engins de travaux publics, des véhicules militaires, chars d’assaut, missiles et autres machines destinées à tuer, des avions… Une demi-journée me paraît le minimum du minimum que l’on puisse y consacrer tant on est immédiatement fasciné par l’intérêt que présente ce lieu de mémoire collective.
Bon… toujours le déluge.
Nuremberg
est doublée par la E50, et 75 km plus à l’est, Schwandorf, le terminus pour aujourd’hui.
Tout au long de cette longue traversée allemande, très très rares ont été les stations de carburant rencontrées, ce qui, à terme, finit par devenir angoissant, surtout quand, comme c’est notre cas, l’autonomie du véhicule ne dépasse guère les 450 km. Même en quittant le grand ruban il est indispensable de se diriger vers une grosse bourgade pour pouvoir s’approvisionner, ce qui peut nécessiter des dizaines de kilomètres de roulage. Il est donc fortement conseillé de faire le plein dès qu’une station se présente, même si le réservoir est encore à moitié.
Pas moins de sept campings sont signalés dans les parages de Schwandorf
mais ils ne sont pas faciles à trouver car mal indiqués ; de plus,
la signalisation routière laisse elle aussi à désirer dans le
secteur. Finalement c’est au
campingpark Murner See,
à quelques encablures de la ville, au bord d’un lac comme son nom l’indique, que nous nous posons. Vaste, rempli de caravanes aux rideaux de dentelle désuets installées là à demeure, protégées par des bâches, des tôles, entourées de jardinets, de pots de fleurs et autres nains de jardin, la plupart fermées, ce camping serait sympa si la pluie et un brouillard à couper au couteau ne l’enveloppaient pas. On ne peut pas différencier le ciel de la surface de l’eau du lac à seulement quelques dizaines de mètres. Peu d’animation et de
va-et-vient, quelques cirés tels des fantômes qui se déplacent ici ou là, rarement, c’est tout
; un calme d’outre-tombe, aucun commerce, c’est assez déprimant. Un petit tour du domaine sur un sol herbeux gorgé d’eau révèle que nous sommes les seuls Français. Il est bien sûr sécurisant de passer la nuit ici mais si vous souffrez d’angoisses il vaut mieux aller voir ailleurs… Sherlock Holmes, lui, s’y plairait sans doute.
Poste frontière germano-tchèque. Tous les arrivants, après avoir garé leur véhicule, se dirigent curieusement vers une bâtisse, je m’y rends aussi pour savoir ce qui s’y passe ; on y délivre les cartes autorisant à rouler sur les autoroutes tchèques. Car elles sont payantes, de manière modulée,
à savoir qu’il est possible d’acquérir le sésame pour 15 jours, pour 1 mois ou 1 an. Par mimétisme je fais la queue et paie 10 € pour 15 jours, kilométrage illimité. Et immédiatement après cet achat, je réalise soudainement que notre itinéraire ne passe pas par Pilzn, qu’on ne va pas emprunter l’autoroute et que je viens de faire une dépense inutile. Je parviens toutefois sans difficulté à me faire rembourser… en refaisant la queue.
Mais un autre problème surgit : comment faire demi-tour ? Car nous sommes déjà sur l’autoroute. Je m’en inquiète auprès d’un douanier allemand, qui appelle un douanier tchèque, qui appelle un policier, qui ne comprend pas de suite, qui réfléchit et m’autorise enfin à franchir le poste pour faire demi-tour en le contournant. Voilà ce qui arrive quand on n’a pas assez de présence d’esprit au bon moment !
On repart en sens inverse pour emboîter la première sortie qui conduit, à courte distance, au poste frontière de
Waidhaus
par une toute petite route. Là les bureaux de douane et de police sont déserts, les barrières levées, aucun contrôle, ni côté allemand ni côté tchèque, on pénètre en
République tchèque comme dans un moulin ! On n’a pas compris mais on est passé. |